LA FILLE DE L’AIR


J’aime à chaque exposition travailler sur un thème qui fédèrera l’ensemble de mes tableaux.
Pour celle que je vous présente ici, j’avais choisi de m’exprimer autour du cirque dont le mouvement et la couleur me séduisaient. Avec les acrobates, les voltigeurs... je pensais me régaler. Mais au bout de plusieurs semaines de recherches et de tentatives avortées, je dus bien m’avouer que, telle la funambule sur son cheval, je tournais en rond, hélas avec beaucoup moins de talent ! Quelques toiles sortirent bien de mes pinceaux, mais aucune envie ni excitation ne me faisaient vraiment vibrer.
Je commencais à désespérer, lorsqu’un après-midi, je rencontrai à la porte de mon atelier une de mes voisines qui s’en allait pour sa promenade quotidienne. Lorsque j’évoquai ma future exposition à Uzerche, elle lança en plaisantant :
“Ah oui, Uzerche... la prison !”
Et soudain, ce fut comme une évidence.
Non que je veuille réduire cette ville à sa maison de détention - les Uzerchois m’en voudraient ! - mais l’idée résonna si fort à mes oreilles et à mon coeur, que je me précipitai et remplis un plein cahier de croquis et d’esquisses de mes futures peintures.
Il se trouve que tout au long de l’année, par des lectures, des émissions de radio, ou encore à travers un échange d’art postal avec des femmes en prison à Lyon, j’avais eu l’occasion de réfléchir à cette vie emmurée, cette existence hors la vie. Et toutes ces émotions que j’avais ressenties me revinrent en bloc.
Quelques que soient les sujets abordés, je fragmente presque toujours mes peintures. J’ai besoin de ce morcellement pour exprimer la diversité des points de vue qui me viennent. Avec ce thème, le cloisonnement allait de soi. Et l’opposition entre le noir et blanc, et la couleur s’imposa naturellement.
Bien qu’elles soient nées de l’idée même de la prison, mes peintures parlent de l’emprisonnement sous toutes ses formes, y compris ces murs que l’on se bâtit soi-même ou derrière lesquels on se dissimule, parfois fort mal.
Je dédicace cette exposition à Raymonde Milot qui sans le savoir m’a inspiré cette exposition...

ZAD Août 2004