Depuis toujours avec ma sœur Danielle - Da pour les intimes - nous faisons de la musique. A l'arrière de la limousine familiale déjà nous chantions dès qu'un voyage excédait 60mn. On fouillait nos mémoires, à la recherche d'une symphonie de Bach, d'une pièce de Mozart où encore de la mélodie du moment et croyez moi, il ne fallait pas chercher longtemps. Au besoin, nos parents nous aidaient et on poussait la chansonnette tous les quatre, histoire de se calmer les nerfs échauffés par l'attente.

Une fois grand, on a continué, tout simplement... Je vous passe les années pendant lesquelles on a essayé de devenir des stars de la chanson, je vous en parlerai plus tard si vous n'êtes pas sages ! Et puis un jour, un ingénieur du son nous a conseillé d'aller voir du côté de la musique instrumentale et figurez-vous que l'on y a été...
Isabelle ARBONA Chorégraphe et Danseuse
Pendant quelques temps nous avons collaboré avec des chorégraphes, des réalisateurs de court-métrages, fait des pubs, des jingles, plein de choses comme ça venait, développant peu à peu un son très personnel, prenant confiance. Et puis un jour, comme une fulgurance, Uman est né sans que l'on s'en aperçoive.
Depuis un certain temps je sentais venir quelque chose, une envie d'évolution... alors paradoxalement j'ai arrêté de faire de la musique pendant trois semaines pour laisser le temps à ce petit bourgeon d'apparaitre. Je me souviens très bien de ces trois semaines, longues comme une journée sans soleil ! Je m'étais occupé l'esprit en faisant de la mosaïque.
Notre micro de studio
un audio technica AT 8441
Pour les prises de sons extérieur je me servais de son petit frère stéréo le
AT 825
Un soir piaffant d'inpatience comme un jeune poulain, j'ai franchi la porte tant convoitée de mon studio de l'époque ( 9 rue de l'yvette 91300 Orsay ). Ce soir là en explorant les possibilités de mes synthés j'ai découvert une technique très particulière de détournement d'un enregistrement ( un sample ).
Pour faire simple, disons que lors de cette séance, j'ai enregistré avec un de mes samplers, ma voix improvisant sur une base harmonique. Ca va, tout le monde suit ? Ensuite, cette matière je l'ai découpée en petites phrases, un peu comme des riffs.
A chacun de ces petits bouts de mélodies, j'ai assigné une touche sur mon clavier et ensuite j'ai joué avec cet ensemble. Il y avait toujours un moment d'adaptation, le temps que le cerveau assimile la position de chaque sample, mais les erreurs étaient parfois fort intérressantes.
Le processus était long à mettre en place c'est vrai, mais quelle excitation ensuite !
Le son de Uman vient en partie de cette technique. Le morceau créé ce soir-là s'appelait
" Lalala " et est inclu dans le premier album de Uman. Il est très simple ce morceau, car mes performances vocales ne sont pas du niveau d'un Pavaroti, mais j'aime bien sa naïveté, sa spontaneité. Par la suite, nous avons produit des morceaux plus élaborés.
Quelques photos des synthés que nous avions à cette époque...
D'autre part cette technique nous permettait à Danielle et à moi de nous exprimer autant l'un que l'autre. Face au micro, elle produisait des mélodies que nous gardions lorsqu'elles étaient abouties, ce qui était très souvent le cas, et à moi ensuite avec cette matière de créer quelque chose de vraiment différent...
Ce dont je vous parle se situe en 1991, en 1992 sortait notre 1er album auto-produit tout d'abord puis repris en licence par
Buda Records quelques mois plus tard.

Il s'appelait " Chaleur Humaine "
Il était beau, il était grand, il sentait bon le sable chaud...On était fiers et irrésistibles. Ensuite Danielle a fait un gros travail de lobying auprès des journalistes pour les informer qu'on existait et que l'on venait de sortir un disque.

The white spirit / Uman
Entrelacs / Uman
Human / Uman
Lalala / Uman
C'est Zad, qui a créé les quatre couvertures des CDs, au pastel sec
Après "Chaleur Humaine" qui avait rencontré un vrai succès d'estime, les choses ont été un peu plus simples.
Le label
Music essentielle qui se créait chez Polygram est venu nous chercher et nous avons eu plus de moyens pour réaliser la partie graphique, une avance sur royalties et une promotion à peu près correcte.
On trouvait notre CD,
" Terra incognita " bien placé dans les Fnacs et autres Virgins, sans oublier la Presse specialisée qui nous avait pondu quelques articles élogieux." Ossani " passait sur France Inter ou Fip ( Julien Délifiori nous avait à la bonne ). Bref tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.
C'était sans compter avec le business et ses crises existentielles : Le patron de notre label a repris ses clics et ses clacs faisant scission avec Polygram.
De nouveau, nous nous retrouvions orphelins d'une maison de disques...
Ossani / Uman Lengua / Uman
Voyage immobile / Uman In memoriam / Uman
Le doute s'est installé, il y avait du tirage dans notre duo. Nous n'étions plus d'accord sur grand chose et les mois qui ont suivi ont été étranges. Danielle avait perdu la motivation et poursuivre Uman lui pesait. Elle avait envie de revenir à la chanson. J'ai essayé pendant un moment de travailler dans cette direction et nous avons produit quelques titres avec cet esprit-là. Mais très vite j'ai dû me rendre à l'évidence, c'était plutôt de la musique pour Uman que j'avais envie de faire. J'ai donc demandé à Danielle de m'aider dans ce sens. Elle venait au studio lorsque je le lui demandais, pour chanter des parties vocales que j'avais composées, ou bien improvisait sur une base musicale que j'avais préparée. Ensuite je développais le morceau seul.
J'avais une idée derrière la tête, aller aux Etats Unis présenter
Uman à une maison de disque... Windham Hill qui se trouvait être la référence pour notre style de musique.
Evidemment tous le monde me prenait pour un doux dingue mais moi j'y croyais
Cette période a été fort excitante. Paralèlement à mes morceaux que je travaillais nuit et jour,dans l'urgence. Zad et moi-même prenions des cours d'anglais pour être capables de communiquer avec les gens de ce pays-là. Nous n'étions pas complètement des inconnus pour les professionnels de la musique des US. Un de nos titres inclu dans une compilation avait fait sensation, c'était
" The White Spirit " que j'avais nommé ainsi en forme de boutade parce qu'il est aérien et vaporeux
Le grand jour est arrivé, la famille nous a accompagnés ( Zad et moi-même ) à Orly pour le départ. J'ai offert un CD (que j'avais nommé
"Purple passage" ce qui signifie "Morceau de bravoure" ) à ma sœur et un autre à mes parents, puis nous avons décolé avec le troisième... direction San Francisco.
A SF, la vie m'a tout de suite plu.
Il y a dans l'air un petit truc très stimulant là-bas. Pas besoin de référence longue comme le bras pour présenter un projet à une maison de disque. Avec Zad nous nous sommes pointés sans rendez vous et
Bob Duskis nous a reçus...
Je me souviendrai toujours de ce moment-là. Dans le bureau de Bob en haut d'un gratte-ciel écoutant la musique que je venais de produire, avec dans les yeux San Francisco en panoramique. Grandiose ! Le rêve pour un petit français de la banlieue sud de Paris.
Trois jours plus tard je pouvais annoncer à ma famille que Bob me proposait un contrat de 20 000 dollars pour sortir "Purple Passage"... J'étais sur un petit nuage !
La négociation du contrat a été moins rigolote et même éprouvante mais après de longs mois, de propositions en contre propositions on a fini par y arriver. Ouf !
"Purple passage" est enfin sorti aux States puis en France.
Il s'est pas mal vendu, 30 000 exemplaires aux US et 3000 autres en France, ce qui est plus qu'honorable sur un créneau tel que le nôtre.
Bird's eye view/ Uman By path / Uman
Anica / Uman On the confidence track
Six Degrees a donc décidé de poursuivre l'aventure et nous a commandé un nouvel album avec avance de royalties à la clé (40 000 dollars comme le prévoyait le contrat ). Situation très confortable pour produire le disque, payer les musiciens et faire chauffer la marmite.
Nous avons travaillé sur le même principe que pour "Purple", Danielle venant ponctuellement au studio pour les enregistrements et moi arrangeant et produisant.
Après plus d'un an de création, la galette prête, je l'ai envoyée à Bob qui après quelques jours d'écoute, m'a suggéré des améliorations. Un vrai travail de producteur !
Je dois dire que toutes ses remarques était justifiées et pertinentes. Je m'y suis recolé aussitôt.
Quelques semaines plus tard le CD
" You are here " sortait et avec Zad, dans la foulée, nous quittions la région parisienne pour la Corrèze. Paris me pesait depuis notre retour de Californie...
Somewhere on earth / Uman Free Uman walking / Uman
The way to peace / Uman I'm only human / Uman
"You are here" n'a pas connu le succès du précédent. Au lieu d'augmenter les ventes, nous les avons divisées par deux ( 15 000 ex ). Moi je trouvais ce résultat déjà correcte mais Six Degrees qui devait nous verser contractuellement 60 000 dollars pour l'album suivant a préféré jeter l'éponge.
Snif snif...
J'ai proposé à Danielle de continuer mais la distance rendait notre collaboration plus difficile et pesante, l'obligeant à d'incessants voyages qui la fatiguait et ennuyait son compagnon. Après quelques semaines, j'ai moi aussi jété l'éponge, lui rendant sa liberté pour qu'elle puisse évoluer et collaborer avec d'autres personnalités.
Pour écouter/voir ce qu'est devenue la chanteuse de feu-Uman, aller à cette adresse :
http://www.myspace.com/chakratantranougat
ou bien à cette adresse
http://chakratantranougat.magicrpm.com/
BIOGRAPHIE
par SIX DEGREES
UMAN
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